Le CDN, ou l’art de mettre en cache pour trouver plus vite

Le CDN, ou l’art de mettre en cache pour trouver plus vite

Impossible d’imaginer l’écosystème de l’Internet sans les acteurs du Content Delivery Network (CDN). Maillon essentiel de la chaîne, ces derniers disposent d’outils en mesure de fluidifier et d’accélérer la consultation de contenus depuis un PC ou un téléphone mobile. Loin d’être la chasse gardée unique d’acteurs comme Akamai, l’accélération intéresse désormais certains opérateurs soucieux de proposer ce service par leurs propres moyens.

Face à la profusion de matériaux disponibles sur la Toile, certains acteurs ont eu la bonne idée de proposer des outils destinés à rendre l’accès à ces mêmes contenus plus aisé, plus fluide et plus rapide. Cette notion naît entre 1998 et 2000. A l’époque, ceux qui composent l’industrie naissante de la Toile se demandent déjà comment placer les informations les plus populaires au plus près de l’internaute et ainsi éviter aux données un trajet inutile par un trop grand nombre de serveurs. Le Content Delivery Network (CDN), ou réseau de livraison de contenus, était né. Et de fait, aujourd’hui, le CDN constitue une réponse à l’une des grandes problématiques actuelles : fournir aux internautes un moyen d’accéder rapidement aux sites de leur choix.

Pour Antoine Drochon, ingénieur avant-vente expert chez Akamai, le procédé n’a rien de révolutionnaire : « le CDN fait référence à une technologie vieille de 15 ans qui consiste à servir des contenus depuis quelques serveurs, mais des serveurs distribués à travers le monde destinés à accélérer l’accès au contenu ». Cette définition est partagée par d’autres. « Le CDN, c’est ce que l’on appelle la photocopieuse. Cette technologie permet de rapprocher le contenu de l’utilisateur », explique Nicolas Guillaume, consultant spécialiste des infrastructures internet.

Les spécialistes du CDN disposent d’une noria de serveurs répartis sur l’ensemble du globe. « L’intérêt est clair », explique Roland Mestrie, en charge du marketing des solutions vidéo pour Alcatel-Lucent. « Si 10 000 personnes veulent accéder aux mêmes contenus, 10 000 requêtes remontent au cœur du réseau. La mise en place d’une solution de CDN permet de relâcher la pression sur l’infrastructure. Le contenu, renvoyé au plus près du lieu d’où provient la requête évite par ce biais de remonter au cœur du réseau ».

Le CDN joue ainsi indirectement le rôle de gendarme puisqu’il permet d’éviter l’accumulation de requêtes sur un point du réseau et l’engorgement que craignent tant les opérateurs. « Avec le CDN, il est ainsi possible de distribuer le contenu qui est le plus populaire et le plus demandé » et d’en optimiser l’accès, ajoute Roland Mestrie. En outre, le CDN permet également aux opérateurs de réaliser des économies non négligeables.

« Les spécialistes disposent de très nombreux serveurs pour pouvoir faire face à des pics de trafic », explique Michel Voitoux, expert des questions relatives au CDN chez Level 3. « Cela permet d’éviter aux fournisseurs de devoir déployer des infrastructures énormes. Cela intéresse les éditeurs tout comme les chaînes de télévision ». Installer des techniques d’accélération d’accès aux contenus sur les infrastructures soulage ces dernières et évite aux opérateurs et aux fournisseurs d’accès d’avoir à dépenser des sommes colossales dans le but d’assurer eux-mêmes la fluidité des informations qui transitent dans leurs tuyaux.

Lorsque la question du CDN est abordée, il est la plupart du temps question d’un procédé : le caching, ou mise en cache. Ce procédé permet de stocker des éléments sur un serveur proche de la requête de manière à en accélérer la réception. Textes, images, vidéo ou logiciels, tous ces éléments peuvent être mis en cache. Ainsi lorsqu’Apple propose la toute dernière version de son iOS, il y a fort à parier que la mise à jour a été cachée pour faciliter l’accès au logiciel, comme en témoignent les congestions observées chez Akamai à la sortie d’iOS 7 (voir Sortie d’iOS 7 : des conséquences sur le réseau des réseaux ?).

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Toutefois, « le CDN va au-delà du simple caching », précise Michel Voitoux, « les techniques d’accélération répondent au besoin de performances de nombreux sites internet. L’accélération de l’affichage graphique peut améliorer les revenus des sites d’e-commerce. Ces mêmes site d’e-commerce cherchent également à optimiser l’affichage de leur site sur les appareils mobiles ».

Dans l’univers des médias par exemple, ces services d’accélération ne sont généralement pas facturés directement à l’utilisateur final. Ils demeurent à la charge de l’éditeur de services ou d’applications qui les met en place pour garantir ou améliorer la qualité de son service. Il peut choisir, dans certains cas, de les répercuter, au travers de services premium par exemple.

Un marché de plusieurs milliards de dollars

Le CDN, comme d’autres secteurs de l’informatique et des télécommunications possède ses ténors. Ce marché, qui, selon le cabinet Marketsandmarkets, doit atteindre 7,4 milliards de dollars en 2017 est dominé par un acteur : Akamai. Les autres acteurs du CDN comme Limelight ou Level 3, loin pourtant d’être anecdotiques, font encore figure de poids plume par rapport à l’écran leader du marché.

D’après ABI Research, cette seule entreprise concentre à elle seule pas loin d’un tiers des parts de ce marché. « Akamai est le leader de ce marché », confirme-t-on chez Orange. « Nous avons été les premiers (à nous positionner sur ce marché) », assure Antoine Drochon. « Cela nous a permis d’avoir une certain avance et de maintenir une bonne connaissance du marché ». Ce qui fait notamment la puissance d’Akamai, c’est l’existence de son réseau de serveurs répartis partout dans le monde. Level 3, présent dans 45 pays dispose également d’un grand réseau de serveurs. « Nous avons l’avantage de nous appuyer sur notre propre fibre optique », ajoute Michel Voitoux.

Akamai CDN
Synthèse du fonctionnement d’un CDN selon Akamai

Cependant, les acteurs américains ne sont pas seuls à s’être penchés sur le sujet. En France, OVH et Jaguar Networks proposent eux aussi des services identiques. Le français Cedexis a quant à lui choisi d’adopter une stratégie particulière d’optimisation de la livraison des contenus. « Il faut considérer Cedexis davantage comme une couche d’intelligence placée au-dessus des CDN. Cedexis analyse la qualité de service des prestataires d’hébergement et de diffusion de contenus. Après cette analyse de performance, la solution de Cedexis aiguille le contenu vers le meilleur CDN », précise Nicolas Guillaume.

Dans cette chaîne de valeur, les équipementiers possèdent un rôle un peu à part. Contrairement à Akamai, Level 3 ou Limelight, Alcatel-Lucent ou Ericsson vendent les technologies aux équipementiers sans pour autant se lancer dans l’exploitation d’un CDN. « Nous fournissons la technologie à nos clients, mais n’opérons pas de CDN en propre » explique Olivier de Turckheim, chef produit Media Delivery Network chez Ericsson. Depuis plusieurs mois, la technologie d’Ericsson est déployée chez un opérateur russe. Celle-ci lui permet de gérer 1 To de débit à travers 30 000 villes dans toute la Russie. « Il s’agit de notre plus gros déploiement », affirme le responsable de chez Ericsson. Alcatel-Lucent procède de manière analogue. « Nous vendons nos technologies aux opérateurs et aux câblo-opérateurs pour qu’ils puissent gérer leur propre contenu », indique Roland Mestrie.

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